marché carbone

Carbone agricole : un marché en quête de confiance

Les récentes décisions de la FNSEA de mettre en pause de nouvelles participations au Label Bas Carbone (1) ou, pour d’autres acteurs, de s’en détourner purement et simplement, soulèvent nécessairement des questions.

Alors qu’il connaît un certain succès en ce qui concerne la forêt (2), ce label, pour l’agriculture, peine manifestement à trouver son marché. La rémunération des pratiques agricoles vertueuses qui en résulte ne répond pas aux attentes du monde agricole, ce levier étant pourtant essentiel à une transition agro-écologique efficace.

C’est l’occasion de se poser la question suivante : est-ce le carbone agricole qui ne convainc pas ou l’instrument lui-même qui n’est pas convaincant ?

La réponse repose simultanément sur ces deux éléments, qu’il faut examiner à l’aune de la confiance et de la sécurité attendues par le marché.

I – L’agriculture durable européenne : les leviers de la confiance

Si le marché mondial des crédits carbone nature-basedest dynamique (3), l’agriculture y est quant à elle sous-représentée, tandis que la reforestation se taille la part du lion.

Il faut donc continuer de convaincre que le carbone agricole est une source pertinente de crédits, génératrice de co-bénéfices importants, mais il faut changer de point de vue et de message : si la question du financement de la transition agro-écologique est clef, le carbone agricole ne peut être seulement vu comme un moyen de soutien des agriculteurs.

Pour remplir le rôle qu’on attend de lui, il doit être considéré par les acheteurs de crédits comme un instrument répondant à leurs propres enjeux. C’est-à-dire représenter un moyen pertinent, durable et fiable de stocker du carbone.

1 – Cela passe au premier chef par la preuve; la preuve que du carbone est bien stocké par les sols agricoles. Et celle-ci peut difficilement être apportée autrement que par la mesure, c’est-à-dire l’échantillonnage rigoureux et périodique des sols, scientifiquement éprouvée.

Cette absence de mesure est sans doute une des faiblesses du Label Bas Carbone.

Cette preuve assise sur la mesure est aussi, pour l’acheteur, celle de la réalité de l’impact. Et cet impact est attendu par le marché, au-delà du carbone, en termes de co-bénéfices.

A cet égard, l’agriculture durable est très certainement la solution qui apporte les bénéfices les plus nombreux : au-delà du stockage de carbone, des pratiques plus vertueuses restaurent la biodiversité, ménagent les ressources en eau, améliorent la soutenabilité et la rentabilité des exploitations agricoles, et assurent une production alimentaire saine et pérenne (4).

2 – La fiabilité du carbone agricole repose ensuite sur le caractère durabledu stockage de carbone.

Pour tout agriculteur, modifier ses pratiques agricoles pour construire un modèle régénératif représente une vraie orientation stratégique, qui modifiera profondément et durablement son modèle d’exploitation, pour répondre à des enjeux de long terme (fertilité des sols, productivité pérenne et meilleure résistance aux aléas climatiques).

Cela doit se traduire par des engagements des agriculteurs dans la durée et des programmes carbone de long terme. A cet égard, des programmes courts ne convaincront pas le marché.

Cet engagement doit être complété par un monitoring de l’évolution des sols d’une durée suffisamment longue, afin d’assurer aux acheteurs la permanence du carbone stocké : ils achètent un actif sur lequel ils vont faire reposer des revendications environnementales sérieuses ; cet actif doit donc être durable pour être crédible.

3 – Le troisième élément est la robustesse méthodologique.

Dans la constitution de portefeuille d’instruments carbone issus de différentes sources, la comparabilité, la fiabilité et la transparence des crédits, leur vérification par des tiers indépendants et par les auditeurs mêmes de l’acheteur (voire par des journalistes ou des associations de consommateurs), sont des enjeux majeurs.

Des méthodologies robustes et notations de rang international sont donc un gage de sécurité et de réputation pour les acheteurs.

II – Le marché du carbone : les outils de la confiance

Ces dernières années, le marché du carbone volontaire s’est structuré pour mieux répondre aux exigences des acheteurs, échaudés par les scandales dénonçant la fragilité de certains crédits carbone, pressés par l’évolution des réglementations et l’attention croissante du marché sur le sérieux des revendications environnementales.

Il est désormais en demande d’instruments de décarbonation robustes et intègres. En un mot : de qualité.

1 – Ce sont ainsi développés des cadres méthodologiques internationaux rigoureuxpour encadrer l’émission de crédits carbone, d’abord fondés sur la mesure réelle du carbone et sur des bases scientifiques solides, assortis d’un suivi fiable des pratiques culturales et des performances environnementales sur de longues durées, pour assurer tant la pertinence que la permanence du carbone stocké dans les sols agricoles.

Le cadre méthodologique Verra VM0042 est le parfait exemple de cette évolution.

Le futur cadre européen CRCF (Carbon Removal Certification Framework), s’inscrit dans le même mouvement, en imposant l’échantillonnage des sols.

Simultanément, les grands référentiels du marché (SBTi, ICVCM (5)) ont établi des standards particulièrement exigeants. Ainsi, seules deux méthodologies relatives à l’agriculture durable, dont la VM0042, sont à ce jour approuvées par l’ICVCM au regard des critères de haute intégrité des Core Carbon Principles (CCP) (6).

De même, les enjeux de traçabilité des crédits et donc des données sur lesquelles ils reposent impliquent désormais la nécessité de disposer d’outils MRV (Measurement, Reporting, and Verification) de haute qualité.

2 – Le marché volontaire du carbone s’est également structuré du côté des acheteurs, qui procèdent à des audits poussés et s’appuient sur les notations d’agences indépendantes reconnues (Sylvera, Calyx Global, BeZero), qui examinent la qualité des programmes.

En d’autres mots, le marché s’oriente vers la construction d’une véritable classe d’actifs naturels (7), crédibles et fiables, qui répondent aux enjeux des acheteurs, en termes de comptabilité, d’auditabilité, de réalité de l’impact et de risque réputationnel.

Plus aucun acheteur sérieux n’investit désormais si un programme carbone ne dispose pas d’une certification internationale robuste, d’un rating de bon niveau, d’un risque de défaut le plus faible possible (8), et de préférence des co-bénéfices démontrés.

La conséquence de cette évolution est claire : les achats pour des projets carbone de haute qualité fondés sur la nature ont été multipliés par trois, avec un prix moyen de trois fois le prix au comptant habituel.

3 – Dans tout marché, la qualité et la sécurité d’un produit ou d’un actif ont en effet une incidence directe sur la valeur. Le carbone n’échappe pas à cette règle et la structuration d’un marché crédible, constitué d’instruments fondés sur des données de qualité, certifiés par des standards internationaux exigeants, audités et notés, est une bonne nouvelle.

Une bonne nouvelle pour les acheteurs, qui peuvent désormais accéder à des instruments fiables, à la hauteur de leurs exigences d’intégrité et de sécurité, sans risque réputationnel et avec un impact réel.

Une bonne nouvelle pour les agriculteurs, qui peuvent bénéficier de programmes carbone ancrés dans leur réalité, disposant de certifications robustes qui donnent accès à un marché plus large et qui dégagent pour eux une valeur plus élevée, pour une transition agro-écologique effective et plus juste.

___________________

ReGeneration est la première entreprise française à avoir mis en place un programme carbone agricole dans le cadre de la méthodologie Verra VM0042 en France et en Belgique. Ce programme, qui est le seul à inclure un accompagnement agronomique des agriculteurs sur le terrain, a obtenu la note BBB de la part de Sylvera. Son déploiement est notamment financé par Mirova à hauteur de 10 MEUR et est destiné à atteindre 500.000 hectares à terme.

1 : https://www.aefinfo.fr/depeche/736717-face-a-un-marche-atone-la-fnsea-met-sur-pause-toute-nouvelle-participation-d-agriculteurs-au-label-bas-carbone

2 : Voir : https://www.removall-carbon.com/en/le-label-bas-carbone-panorama-des-methodologies-en-france-2/

3 : Sur environ 150 millions de crédits qui seront retirés en 2025 sur les deux principaux registres mondiaux, Verra VCS et Gold Standard, ces crédits en représenteront 60 millions (https://www.linkedin.com/pulse/state-voluntary-carbon-market-removall-carbon-pyvpe/).

4 : https://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/lagriculture-de-regeneration-la-solution-pour-le-climat-et-les-agriculteurs-2203586

5 : The Integrity Council for the Voluntary Carbon Market (https://icvcm.org/ )

6 : CAR U.S. Soil Enrichment Protocol, v 1.1 (pour les Etats-Unis) et Verra VM0042 Methodology for Improved Agricultural Land Management, v 2.2 (https://icvcm.org/sustainable-agriculture/)

7 : Voir The Rise of an Investable Asset Class, Position paper de Mirova du 17 novembre 2025 (https://www.mirova.com/fr/idees/marches-carbone-volontaires-renforcer-la-confiance-amplifier-limpact-et-faconner-la-prochaine )

8 : Ce risque étant évalué à la fois sur un plan géopolitique et sur celui de la pérennité financière des porteurs de projet.

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